La raison du plus faible
J’ai assisté le mercredi 7 juin à un spectacle ludique autant qu’instructif sur la perception de la démocratie par une certaine jeunesse contestataire sûre d’elle même et de ses idées, à la réjouissante opposition entre les forces de l’ordre et la faiblesse de la parole.
Dans le cadre de la Commission du débat national « Université – Emploi », une journée débat était organisée à l’Université Paul Cézanne à Aix en Provence autour du thème « L'orientation, l'information et l'insertion professionnelle ».
C’est à cette occasion qu’une cinquantaine de jeunes (selon les estimations du syndicat Sud Etudiant), armés de la seule force de leurs convictions, ont entrepris de participer à ce débat en milieu d’après-midi, leur contribution à celui-ci reposant en fait sur la volonté … de l'abréger. Car ces jeunes amoureux de la démocratie, dont ils découvrent visiblement à peine les principes, ont considéré que ce débat représentait une intolérable collusion entre l’Université et l’Entreprise, rencontre dont il redoute les conséquences quant à l'enseignement des matières considérées comme étant les moins "productives".
A considérer le thème abordé par cette journée-débat, on peut raisonnablement s’interroger sur la pertinence des revendications de ces manifestants. Car si le simple fait d’évoquer les perspectives professionnelles au sein même de l’Université (dispensant accessoirement les connaissances indispensables à l'entrée dans la vie dite "active") doit être considéré comme une hérésie libérale, il va sans dire que c’est bientôt la possibilité même d’appréhender l’Université autrement que comme un sanctuaire réthorique qui sera déniée et combattue.
Mais n’en déplaise aux contestataires, l’Université n’est pas un lieu étranger à la société, son indépendance n’est pas synonyme d’autarcie, elle peut mieux que toute autre institution rencontrer l’Entreprise sans perdre son âme.
Pourtant, c’est à partir de cette considération qu’une cinquantaine de manifestants se sont ainsi crus en droit de venir « faire la claque » dans un débat d’idées, persuadés d’œuvrer pour le bien commun en empêchant l’échange des points de vue. A la pertinence des arguments, ils ont privilégié la force de leur conviction, ils ont pris le parti de la manifestation sonore plutôt que de la discussion.
Ce à quoi le président de l’Université a apporté la réponse la plus légitime qui soit, en faisant appel aux forces de l’ordre pour expulser les perturbateurs, tâche dont les dites forces se sont acquittées avec un professionnalisme à mon sens inégal. En effet, de ce que j’ai pu en voir, certains représentants de l’ordre ont dispensé des coups de matraques avec une générosité parfois disproportionnée, à mon sens, face à la résistance des manifestants ou du moins vis-à-vis des réelles aptitudes de ces derniers à la résistance. Le réflexe technologique aidant, de nombreux étudiants ont filmé la scène avec leur téléphone portable, il sera donc aisé de déterminer dans quelle mesure l’intensité de cette répression a été ou non justifiée.
Mais, à mon sens, le plus enrichissant apport de cet "évènement" réside dans son dénouement immédiat. Une fois expulsés de l’enceinte de l’Université, ces manifestants, ceux là même qui étaient venus à seule fin d’interrompre l’échange démocratique de la parole, ont hurlé au fascisme, fustigé les étudiants en droit présents de ne les avoir pas soutenu dans l’affrontement contre les forces de l’ordre, et pour finir invoqué… le droit à la liberté d’expression !
On pourra retenir de cette histoire, appelée à se reproduire sous diverses formes et pour des causes tout aussi affligeantes pour les esprits lucides, que l’homme n’est pas fait pour penser en meute.
Car ces manifestants, mal informés ou trop bien manipulés, ont entrepris d’interrompre un débat, non pas pour sa dangerosité vis-à-vis de la démocratie et des valeurs républicaines, mais parce que celui-ci heurtait leurs préjugés. Avant même de débattre, ils ont entrepris d’imposer leurs craintes et leur idéologie en exigeant le silence d’autrui. Ils ont exigé l’allégeance comme préalable à la liberté d’expression.
Et nul doute que la cuisante expérience de la démocratie faite par ces manifestants ne fera que les renforcer dans leurs postures et leurs convictions, car ils ont obtenu quelque chose d’inestimable dans cette République : en se faisant rosser par les forces de l’ordre, ils sont passés de l’état d’agresseur à la condition de victime. Cette transfiguration inespérée les affranchit d’autant plus de la nécessité de recourir à la parole démocratique plutôt qu’à l’éructation juvénile, puisque l’époque leur a enseigné que celui a qui l’on cause du tort a naturellement raison, que le moindre bon grain purifiait l'ivraie et que la raison du plus faible devait l'emporter sur l'intelligence.
PS: Ci joint le communiqué de Sud Etudiant http://www.sud-etudiant.org/article.php3?id_article=586"">
Dans le cadre de la Commission du débat national « Université – Emploi », une journée débat était organisée à l’Université Paul Cézanne à Aix en Provence autour du thème « L'orientation, l'information et l'insertion professionnelle ».
C’est à cette occasion qu’une cinquantaine de jeunes (selon les estimations du syndicat Sud Etudiant), armés de la seule force de leurs convictions, ont entrepris de participer à ce débat en milieu d’après-midi, leur contribution à celui-ci reposant en fait sur la volonté … de l'abréger. Car ces jeunes amoureux de la démocratie, dont ils découvrent visiblement à peine les principes, ont considéré que ce débat représentait une intolérable collusion entre l’Université et l’Entreprise, rencontre dont il redoute les conséquences quant à l'enseignement des matières considérées comme étant les moins "productives".
A considérer le thème abordé par cette journée-débat, on peut raisonnablement s’interroger sur la pertinence des revendications de ces manifestants. Car si le simple fait d’évoquer les perspectives professionnelles au sein même de l’Université (dispensant accessoirement les connaissances indispensables à l'entrée dans la vie dite "active") doit être considéré comme une hérésie libérale, il va sans dire que c’est bientôt la possibilité même d’appréhender l’Université autrement que comme un sanctuaire réthorique qui sera déniée et combattue.
Mais n’en déplaise aux contestataires, l’Université n’est pas un lieu étranger à la société, son indépendance n’est pas synonyme d’autarcie, elle peut mieux que toute autre institution rencontrer l’Entreprise sans perdre son âme.
Pourtant, c’est à partir de cette considération qu’une cinquantaine de manifestants se sont ainsi crus en droit de venir « faire la claque » dans un débat d’idées, persuadés d’œuvrer pour le bien commun en empêchant l’échange des points de vue. A la pertinence des arguments, ils ont privilégié la force de leur conviction, ils ont pris le parti de la manifestation sonore plutôt que de la discussion.
Ce à quoi le président de l’Université a apporté la réponse la plus légitime qui soit, en faisant appel aux forces de l’ordre pour expulser les perturbateurs, tâche dont les dites forces se sont acquittées avec un professionnalisme à mon sens inégal. En effet, de ce que j’ai pu en voir, certains représentants de l’ordre ont dispensé des coups de matraques avec une générosité parfois disproportionnée, à mon sens, face à la résistance des manifestants ou du moins vis-à-vis des réelles aptitudes de ces derniers à la résistance. Le réflexe technologique aidant, de nombreux étudiants ont filmé la scène avec leur téléphone portable, il sera donc aisé de déterminer dans quelle mesure l’intensité de cette répression a été ou non justifiée.
Mais, à mon sens, le plus enrichissant apport de cet "évènement" réside dans son dénouement immédiat. Une fois expulsés de l’enceinte de l’Université, ces manifestants, ceux là même qui étaient venus à seule fin d’interrompre l’échange démocratique de la parole, ont hurlé au fascisme, fustigé les étudiants en droit présents de ne les avoir pas soutenu dans l’affrontement contre les forces de l’ordre, et pour finir invoqué… le droit à la liberté d’expression !
On pourra retenir de cette histoire, appelée à se reproduire sous diverses formes et pour des causes tout aussi affligeantes pour les esprits lucides, que l’homme n’est pas fait pour penser en meute.
Car ces manifestants, mal informés ou trop bien manipulés, ont entrepris d’interrompre un débat, non pas pour sa dangerosité vis-à-vis de la démocratie et des valeurs républicaines, mais parce que celui-ci heurtait leurs préjugés. Avant même de débattre, ils ont entrepris d’imposer leurs craintes et leur idéologie en exigeant le silence d’autrui. Ils ont exigé l’allégeance comme préalable à la liberté d’expression.
Et nul doute que la cuisante expérience de la démocratie faite par ces manifestants ne fera que les renforcer dans leurs postures et leurs convictions, car ils ont obtenu quelque chose d’inestimable dans cette République : en se faisant rosser par les forces de l’ordre, ils sont passés de l’état d’agresseur à la condition de victime. Cette transfiguration inespérée les affranchit d’autant plus de la nécessité de recourir à la parole démocratique plutôt qu’à l’éructation juvénile, puisque l’époque leur a enseigné que celui a qui l’on cause du tort a naturellement raison, que le moindre bon grain purifiait l'ivraie et que la raison du plus faible devait l'emporter sur l'intelligence.
PS: Ci joint le communiqué de Sud Etudiant http://www.sud-etudiant.org/article.php3?id_article=586"">

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