mercredi, octobre 11, 2006

Heureux les imbéciles

Sur France Info, le communiqué tournait en boucle, flattant les oreilles sensibles et excitant des haines confortablement installées.
Au collège Jean Mermoz, dans la région lyonnaise, une adolescente aurait ainsi été lapidée par quatre autres élèves pour ne pas avoir respecté le Ramadan.
Ce matin encore, les présentateurs de france info soutenaient que le Parquet confirmait la thèse d'un acte de violence directement lié au Ramadan. Pour le reste, le conditionnel était de rigueur. La répétition faisant son oeuvre, parfaitement hypnotique, jusqu'à accorder aux errances médiatiques la valeur de l'impératif.

Dans la presse écrite pourtant, des dissonances apparaissent déjà, relèguant le concert radiophonique au rang de rumeur déjà essouflée:

www.liberation.fr/actualite/societe/209806.FR.php

www.lefigaro.fr/france/20061011.FIG000000053_le_ramadan_provoque_des_tensions_a_l_ecole.html

En somme, ce qui était décrit par les uns comme une scène de lapidation d'un autre âge devait pour les autres être considéré comme une violence indifférenciée, voire être reléguée dans la catégorie de la blague potache pour les observateurs les plus guoguenards.
A partir des éléments fournis, la réalité peinait à faire surface, noyée entre un flot de bons sentiments et des vagues houleuses de suspicion générale.


Mais dans cet évènement, seuls les propos du procureur devraient retenir l'attention, non parce qu'ils peuvent nous éclairer sur la réalité des faits, mais sur une réalité plus vaste, celle d'un appareil judiciaire qui affranchit l'accusé de sa responsabilité tout en consacrant la médiocrité de ce dernier.
En effet, pour le procureur Xavier Richaud, "S'il n'est pas impossible que la remarque faite par les collégiens soit en lien avec la rupture du jeûne, les quatre garçons n'ont pas fait preuve d'une conscience politique ou religieuse aiguisée durant leur interrogatoire", tempérant ainsi l'existence du lien entre les actes de violence et le Ramadan.

En droit, les faits sont parfois moins importants que la teneur du raisonnement, raison pour laquelle les faits eux même, qu'il serait en l'espèce péremptoire de vouloir éclaircir à l'heure actuelle au regard du peu d'informations fournies, il s'agit de s'en tenir au seul intangible qui nous est offert à travers les mots de l'homme de loi.
Sur le raisonnement seul, donc, on peut sans trop de peine affirmer que, si l'avis du procureur est suivi lors du procès des quatre collégiens (si tant est qu'il y est procès), il suffira désormais que l'auteur d'une violence à caractère religieux, politique ou ethnique soit un crétin notoire, "sans conscience politique ou religieuse aiguisée", pour que la dite violence rejoigne le lot commun des "incivilités", et perde de fait toute caractérisation.
Car, en considérant sa portée juridique, l'emploi du terme "conscience" par le procureur n'a rien d'anodin. Il augure en effet de la probable consécration d'un nouveau degré d'irresponsabilité en matière d'infractions spécifiques. En effet, si l'argumentation du procureur trouvait un écho favorable dans les prétoires, la problématique juridique pourrait devenir la suivante: à compter de quel seuil d'intelligence un individu est susceptible d'être reconnu responsable d'un crime à caractère religieux ou raciste?
Sera-t-il nécessaire de démontrer la somme de connaissances théologiques ou historiques d'un inculpé pour démontrer sa culpabilité?
Singulière interrogation, dont la réponse pourrait faire la joie de tous les intégrismes, offrant une impunité renouvellée à la conjuration d'imbéciles qui, définitivement, accèderait au bonheur le plus parfait et à l'amnisitie ad vitae eternam.